Croissance ou Décroissance, là est la Question !

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Depuis le premier ralentissement économique causé par la COVID, le S&P 500, l’indice du marché boursier américain, a connu une croissance de 105%. Le marché canadien quant à lui, n’a grimpé que de 75% durant la même période. Cette incroyable remontée a été non seulement spectaculaire, elle a également rapporté gros, très gros pour quiconque ayant investi en bourse durant cette période.  

La croissance économique est souvent utilisée pour mesurer l’état de santé de notre société. Comme on dit, quand l’économie va, tout va. Il suffit de se fier aux grands titres dans les médias pour voir à quel point les mots « récessions » et « ralentissement économique » sont synonymes de malheur.

Heureusement, depuis plus d’une décennie, l’économie mondiale est en croissance constante. Effectivement, entre 2009 et 2020, les marchés boursiers ont connu leur plus longue période en mode « bull market » de leur histoire. En bref, un marché de « taureaux » signifie simplement un marché en croissance. Belle image n’est-ce pas ? J’ai un peu l’impression que l’idée est venue d’un homme.

Vu le rétablissement extrêmement rapide des marchés suivant mars 2020, on pourrait même dire que le « bull market » ne s’est pas vraiment terminé et se poursuit encore aujourd’hui.

En plus, les technologies n’arrêtent pas de s’améliorer. La vitesse de connexion internet est rendue si rapide, que si une page web ne se charge pas au bout de 5 secondes, nous la quittons. Dire que fut un temps ou le téléphone de la maison était sur la même ligne que l’internet.

Également, les voyages en avion sont maintenant accessibles et abordables pour tous, ce qui nous permet d’aller partout dans le monde. Les voitures sont maintenant plus sécuritaires et consomment moins de carburant. Grâces à nos téléphones intelligents, nous pouvons faire pratiquement n’importe quoi, n’importe où. Bref, la vie est bien plus simple et facile aujourd’hui qu’elle ne l’était avant.

Première imperfection du modèle de croissance infinie

D’abord, il y a un gros problème avec la croissance infinie. Nous vivons sur une planète qui nous offre une quantité limitée de ressources. Notre rythme effréné n’est pas soutenable indéfiniment.

En effet, l’organisme Earth Overshoot Day partage chaque année, la date à laquelle l’humanité a consommé toutes les ressources que la Terre peut produire en une année. En 1970, ce jour tombait le 30 décembre. Pas de problème, on parlait d’une journée sur 365. Avançons à 1990, 10 octobre. Oups, on s’endettait alors de presque 3 mois par année. Pas grave, les nouvelles technologies commençaient à se développer rapidement à cette époque. Forcément les choses ont dû s’améliorer depuis. Avançons de 31 ans encore, jusqu’à cette année, en 2021. La journée du dépassement est tombée le 29 juillet.[1] C’est simple, la Terre ne peut pas supporter nos habitudes de consommation pour toujours. Depuis 50 ans, nous n’arrêtons pas d’avoir besoin de plus.

Bien sûr, cette date prend en considération la consommation totale mondiale. L’empreinte écologique, quantité de ressources et d’espace utilisée par une personne, est différente pour chacun. Toutefois, en général, au Canada, nous ne sommes malheureusement pas vraiment des modèles à suivre. Effectivement, notre « Earth Overshoot Day » est arrivé à la mi-mars cette année.[2]

Évidemment, certaines personnes auront une plus petite empreinte écologique que d’autres. Pour ceux et celles qui sont curieux de connaitre la leur, je vous invite à aller répondre au questionnaire sur le site : https://www.footprintcalculator.org/home/fr. Ça ne prend quelques minutes à faire et je vous garantie que le résultat fait réfléchir.

Deuxième imperfection : Sommes-nous plus heureux qu’avant ?

Est-ce que toute cette croissance nous apporte réellement plus de bonheur ? Difficile à dire. Une chose est certaine, nous vivons encore du stress et de la frustration tous les jours. En 2017, l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) annonçait que la dépression était la première cause de morbidité et d’incapacité dans le monde. À pareille date, 300 millions de personnes souffraient de ce problème.[3]

Dans notre société, la solution pour aller mieux est souvent d’avoir plus de choses. Plus d’espace dans sa maison, plus de gadgets dans sa voiture, plus d’outils pour faire ses rénovations, plus de vêtements et de chaussures. Ou encore, c’est de faire plus de choses. Plus de voyages dans le sud, plus de sorties au restaurant, plus de billets de spectacles. Sans se poser de question, pour nous sentir mieux, on achète, toujours plus.

Et si plutôt, nous ralentissions ? Quand prenons-nous le temps pour nous demander si nous avons assez ? Qu’aurions-nous besoin dans la vie pour être comblé ? Notre argent nous apporte-t-il réellement du bonheur ?

Quel est le chiffre magique ?

Dans une célèbre étude publiée en 2010 par un duo formé d’un économiste et d’un psychologue, le chiffre de 75 000$ par ménage était annoncé comme étant la limite à laquelle l’argent supplémentaire arrête d’apporter du bonheur supplémentaire.[4] Premièrement, ajustons pour tenir compte de l’inflation. Aujourd’hui ce chiffre serait d’environ 92 000$. Donc, s’y on se fie à cette étude, gagner 92 000$ par année nous rendrait aussi heureux que d’en gagner 1 000 000$.

Une fois que nous avons assez pour combler nos besoins, logiquement, l’argent supplémentaire devrait nous permettre d’être plus heureux. Je crois que tout le monde s’entend pour dire que cela est vrai. Pouvoir se payer des luxes, ça fait du bien. Toutefois, selon cette étude, il arriverait un niveau où la courbe représentant la relation entre argent et bonheur est à un plateau. Les dollars de plus n’apportent plus de joie supplémentaire.

En réalité, je ne pense pas qu’il existe un chiffre magique universel. La vraie réponse est, ça dépend. La raison est simple, nous sommes tous différents. Par exemple, pour un amateur de golf (moi), dépenser quelques milliers de dollars par année pour pratiquer sa passion représente un bonheur incroyable. Par contre, pour cette même personne, mettre autant sinon plus d’argent pour avoir une voiture lui apporte plutôt de la frustration. C’est relatif, chacun(e) a ses préférences, ses passions, ses valeurs.

Comment changer sa relation avec l’argent ?

Alors, au final, la vraie question n’est pas de savoir si le 92 001e dollar gagné nous rends plus ou moins heureux que le 1er. C’est de savoir si la façon dont nous les dépensons nous satisfait. Pour ce faire, il faut regarder chaque catégorie de notre budget et se demander : est-ce que le montant que j’ai dépensé pour ceci m’a apporté de la satisfaction?

Pour le savoir, il suffit de convertir chaque dépense dans la devise la plus importante de toutes, le temps. La formule est simple : Nombre d’heure = Dépense/Salaire horaire. Combien de temps j’ai mis ce mois ci pour payer pour ma voiture ? Quel pourcentage de mon temps au travail sert à payer pour mes sorties entre amis ? Cette méthode est suggérée dans le livre « Your Money Or Your Life ». Selon l’auteur, il s’agirait d’une des façons les plus efficace de changer sa relation avec l’argent et de reprendre le dessus sur son bilan financier.

Intéressant, la super virée en famille en Gaspésie m’a couté deux semaines de travail. Mon dieu que c’était agréable, on a tellement eu de beaux moments. Ouf, la nouvelle deuxième voiture a couté un mois et demi. Peut-être qu’on aurait dû garder la bonne vieille 2008 et faire un deuxième voyage à la place.

En analysant ses dépenses de cette manière, c’est possible de savoir où nous dépensons trop, mais surtout, où nous ne dépensons pas assez. Parce que oui, l’argent peut apporter du bonheur. Quand il est utilisé au bon endroit.

[1] https://www.overshootday.org/newsroom/past-earth-overshoot-days/
[2] https://www.overshootday.org/newsroom/country-overshoot-days/
[3] https://www.who.int/fr/news/item/30-03-2017–depression-let-s-talk-says-who-as-depression-tops-list-of-causes-of-ill-health
[4] http://content.time.com/time/magazine/article/0,9171,2019628,00.html

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2 réflexions sur “Croissance ou Décroissance, là est la Question !”

  1. Intéressant, mais avec le titre j’aurais cru lire un peu plus sur la possible décroissance économique… 🙂

    Je reviens sur le passage auquel tu fais référence au salaire d’un ménage au delà duquel les gens ne serrait pas plus heureux (75000$ ou équivalent actuel de 92000$). Si je me souviens bien se chiffre vient de questionnaire/sondage et les gens devait spécifier s’ils étaient « heureux » et la moyenne des gens heureux se stabilisait à ces salaires.
    Ce que je comprends de ce résultat, c’est que dans notre société de consommation, avec un salaire par ménage de 92000$ on peut avoir pas mal tout ce que l’on tente de nous « vendre » pour être heureux, on est capable de ne plus trop envier sont voisin disons. On est capable de se payer quelques voyages, avoir 2 voitures, une maison, de beaux vêtements, etc.

    Le hic, c’est que si tout les habitants de terre doivent avoir ces revenues pour être heureux et bien tout le monde aurait l’empreinte environnemental d’un américain ou canadien moyen, et donc comme tu l’a écrit dans les paragraphes précédent, on atteindrait les limites de la planète beaucoup trop tôt (notre « Earth Overshoot Day » est arrivé à la mi-mars cette année). Ou dit autrement, notre impact mondialement serrait un désastre, il l’est déjà malgré le fait que la majorité des humains vivent avec beaucoup beaucoup moins.

    Il faut donc en venir à une évidence, il faut s’imagine une vie ou l’on peut être heureux avec des revenus plus bas que 92000$ par ménage…

    1. Effectivement le titre ne capte peut-être pas vraiment l’essence du texte. L’idée était de démontrer que toujours plus n’est pas toujours mieux. Tu as entièrement raison sur deux points. D’abord si tout le monde avait le rythme de vie des Nord-Américains ça ne fonctionnerait tout simplement pas. Nous comptons pour une petite partie de la population mondiale, mais consommons une immense portion des ressources produites par la planète. Ensuite, 92000$ c’est beaucoup d’argent ! Il n’y a aucun doute qu’il est possible d’être heureux et épanouis avec moins. Merci de prendre le temps de me lire et pour le commentaire.

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